Ernst KOLB
Ernst Kolb naît en 1927 à Mannheim, en Allemagne, dans une famille modeste. Son père est cheminot, sa mère souffre de troubles psychiques graves. Enfant, il est placé en foyer, loin de sa ville natale. Sa mère est assassinée par le programme nazi d’« euthanasie » en 1940, fait longtemps dissimulé à la famille. Il apprend le métier de boulanger, qu’il exerce jusqu’à l’apparition d’une allergie professionnelle. Dans les années 1970, il doit abandonner ce travail et se retrouve en marge, puis en retraite anticipée. Kolb fréquente alors assidûment la vie publique de Mannheim : conseils municipaux, procès, concerts, vernissages. Il devient une figure connue, surnommée « Bürger Kolb », l’homme avec la sacoche plastique toujours à la main. Il meurt en 1993, à Mannheim, des suites d’un cancer, entouré de l’estime de nombreux habitants.
À la fin des années 1960, Kolb commence à dessiner pour lui-même, dans de petits carnets. Il parle de simples « gribouillis », mais son trait est sûr, obsessionnel, traversé de figures et de visages. Au fil du temps, les pages se densifient : têtes, fumeurs, scènes de rue, tentations de l’alcool, travailleurs absorbés par la tâche. Ses compositions, proches de l’art brut, mêlent humour, malaise et une attention aiguë aux gestes du quotidien. Des artistes repèrent la force de son dessin et l’aident à exposer, dès le milieu des années 1980. Les expositions rencontrent un vif succès local ; Kolb passe du statut d’original de quartier à celui d’artiste reconnu. Après sa mort, l’ampleur de son travail est révélée par son important corpus de dessins. En 2012, la Collection de l’Art Brut de Lausanne acquiert plusieurs de ses œuvres, consacrant sa place dans l’histoire de l’art outsider européen.








